Pendant le mois d'août 2005, un tueur en série frappa près de chez moi. Il ne se passait pas une journée sans que je retrouve le corps d'une petite bestiole, déposé dans ma maison par le tueur sadique. Souris, oiseaux, musaraignes, la liste des victimes s'allongeait quotidiennement. Malgré le caractère sordide de la chose, je dois vous montrer les photos de quelques victimes de ce serial-griffeur, pour que vous compreniez l'ampleur ses crimes. Même si ces images sont dures, elles ne devraient finalement choquer que ceux qui ne fréquentent pas de chats (les autres savent de quoi je parle !). Bref, la situation ne pouvant plus durer, j'ai décidé de faire mon enquête pour trouver le coupable…

 

D'après les blessures relevées par les médecins-légistes, ces bestioles avaient assurément été tuées par un chat. Je fis donc le tour des fauves du quartier pour obtenir des informations. Leurs témoignages étaient parfois contradictoires, mais ils me menèrent malgré tout à un suspect au casier déjà bien chargé : un certain " Chat Roux "…

 

L'attraper ne fut pas de tout repos, car ce sale matou détalait plus vite que son ombre. Heureusement, l'endurance n'était pas son fort ! Je réussis finalement à le coincer et à le mettre derrière les barreaux. Ouf, les petites bestioles pourraient à nouveau aller et venir en paix. Ou peut-être pas…

 

Quelques jours de tranquillité s'écoulèrent, puis les meurtres reprirent de plus belle. Selon toute vraisemblance, je n'avais pas arrêté le bon coupable. Je décidais malgré tout de laisser Chat Roux en prison (ça lui apprendra, il a toujours été fourbe celui-là). Il me fallait changer de technique. Pour enquêter dans le milieu félin, je devais faire appel à quelqu'un qui connaissait leurs coutumes. Je confiais donc l'enquête à mon subalterne, l'inspecteur La Bête. Devant la cruauté des meurtres, ce dernier accepta d'interrompre ses vacances (qu'il occupait à jardiner) et de prendre la suite des investigations…

 

Comme toutes les victimes avaient été retrouvées dans ma maison, je plaçais l'inspecteur La Bête en planque devant celle-ci. Sa technique secrète de camouflage, qui lui donnait une teinte verte lorsqu'il se tenait devant des feuilles, allait certainement nous être utile…

 

L'inspecteur La Bête était connu pour sa patience, sa férocité, mais également pour sa queue coupée, son regard de fou et ses excès de zèle. Alors que je venais voir comment il s'en sortait, il commit une petite bavure…

 

Considérant que la surveillance de la maison ne donnait pas de résultat (à part de superbes cicatrices sur mes bras), nous décidâmes de changer de méthode. Un nouveau meurtre ayant été commis, l'inspecteur La Bête demanda à pouvoir examiner le corps afin d'y flairer l'odeur de l'assassin…

 

" Cette odeur me rappelle quelqu'un… " murmura l'inspecteur La Bête avant de se mettre en chasse. Admiratif, je le laissais faire, craignant de gêner son flair par ma présence. Il suivit ainsi la piste dans divers lieux - parfois étonnants - de la maison…

 

Tandis que l'inspecteur La Bête marquait une légère pause (sous la forme de quelques heures de sommeil dans le jardin), il reçut la visite de Chat Gris. En bon voisin, celui-ci venait aux nouvelles…

 

Horreur ! Le tueur ne semblait plus se satisfaire des bestioles… C'est ainsi que l'on retrouva le corps, cou tordu et langue pendante, d'une petite chatte qui avait témoigné au début de l'enquête. Elle avait certainement été étranglée par le serial-griffeur ! Ce nouveau meurtre allait-il enfin mettre l'inspecteur La Bête sur une piste ?

 

L'inspecteur La Bête n'avait plus qu'à consulter ses fichiers pour relire la déposition de la défunte chatte. Hélas, l'informatique n'étant pas vraiment son domaine de prédilection, il se fatigua rapidement devant l'écran et ne trouva jamais le fichier qu'il recherchait. Si seulement quelqu'un avait pu l'aider et lui souffler le nom du coupable…

 

Heureusement, la maman de La Bête était là ! Madame Courtepattes avait pu s'introduire dans les locaux d'une entreprise et trouver un ordinateur portable. Faisant semblant de dormir sur le clavier de ce dernier, elle pianota discrètement un e-mail à l'attention de son fiston. Ce message électronique lui annonçait le nom du coupable !

 

Grâce à tant de preuves et à son extraordinaire esprit de déduction, l'inspecteur La Bête avait finalement compris que le coupable était Chat Gris ! Il ne restait plus qu'à l'appréhender…

 

Lorsqu'il était question de faire une planque, l'inspecteur La Bête était vraiment efficace. Hélas, malgré son camouflage et sa patience, Chat Gris ne se présentait toujours pas. " Peut-être m'a-t-il repéré malgré tout ? " pensa notre héros velu. Il décida donc de rester sur ce lieu de passage stratégique, mais changea de technique…

 

Tandis que l'inspecteur La Bête s'essayait à diverses positions dans les feuilles mortes, j'eus la chance d'apercevoir Chat Gris passer devant la fenêtre de la maison! Il rôdait tranquillement dans la rue, apparemment inconscient du fait que l'élite de la police féline était à ses trousses. Sans tarder, j'allais retrouver mon chat pour le prévenir…

 

N'écoutant que son courage, l'inspecteur La Bête bondit hors du jardin et se précipita dans la rue pour capturer le serial-griffeur…

 

Profitant lâchement d'un (exceptionnel) moment d'inattention de l'inspecteur La Bête, l'infâme Chat Gris passa à l'attaque ! D'un fourbe coup de patte, et parce qu'il faut bien avouer qu'il était deux fois plus gros, il envoya l'infortuné représentant de la loi rouler dans le caniveau…

 

S'ensuivit alors l'une des plus mémorable bagarre de chats de tous les temps. Le poil hérissé, chacun des deux félins usa de toutes ses compétences martiales - griffer, mordre, cracher, mais aussi faire des sauts périlleux - pour vaincre son adversaire. Finalement (car c'est une histoire qui se termine bien), l'inspecteur La Bête réussit à triompher du serial-griffeur…

 

Heureusement, dans son empressement à fuir le combat, Chat Gris confondit sa maison et la mienne. Au lieu de filer dans son repaire secret, ce gros nigaud se précipita dans ma cuisine ! Paniqué par cet environnement inconnu, il se cacha tout d'abord sous le banc. Puis, lorsqu'il compris qu'il ne pourrait plus s'enfuir, il monta sur la table et se laissa finalement attraper…

 

Epilogue : Une fois Chat Gris derrière les barreaux, le calme revint dans le quartier. Les petites bestioles purent profiter de la fin de l'été sans risque de se faire dévorer. Elles furent d'ailleurs tellement contentes qu'elles se cotisèrent pour offrir une récompense à l'inspecteur La Bête. Evidemment, ce glouton utilisa sa prime pour acheter un saladier de crevettes fraîches !

 

La Bête, Chat Gris et tous les autres matous de mon quartier vous remercient d'avoir lu leur roman-photo policier !